J’ai le plaisir d’interviewer Marguerite de Rodellec qui a écrit un guide qui explique pas à pas comment créer un podcast de A à Z « Je booste mon business grâce au podcast, de la création à la stratégie marketing… pour toucher toujours plus d’auditeurs ».
Dans cette interview, Marguerite nous donne ses petits conseils pour gagner en visibilité et trouver des clients grâce à un podcast.
Sommaire de l'article
Pourquoi un podcast est un vrai levier business, et pas seulement un projet d’image, surtout en B2B ?
Pour moi, le podcast n’a jamais été un simple objet de communication.
C’est un outil stratégique.
Il permet de toucher des audiences ciblées, d’asseoir sa crédibilité dans son domaine, de générer des opportunités professionnelles et, à terme, de monétiser.
Ce qui le rend unique, c’est la voix : contrairement à la vidéo, elle se suffit à elle-même.
Cette absence de filtre visuel libère la parole, encourage la sincérité et crée un lien intime que peu de formats produisent.
Pour une entreprise, le podcast change la nature même du lien avec son public.
Il permet d’expliquer un sujet en profondeur, d’éclairer un problème, de partager des bonnes pratiques, de montrer les coulisses d’un métier.
La marque intervient dans une histoire en apportant données, expertise, solutions à des problèmes, le tout porté par des voix crédibles.
Et c’est cet alignement entre la valeur qu’on apporte et le rôle qu’on joue qui nourrit la confiance, et par ricochet la notoriété.
En B2B, l’argument qui me parle le plus, c’est celui qu’Anca Petre formule très bien dans le livre : quand on est entrepreneur, la visibilité est ponctuelle. Une conférence, une interview, puis le silence. Le podcast corrige ce « loin des yeux, loin du business ».
Il installe une présence régulière qui entretient la mémoire de votre audience, nourrit votre autorité et déclenche des invitations et des partenariats.
Chaque épisode multiplie les points de contact entre deux apparitions publiques.
Et le marché me donne raison : on est passés de 38 % de Français qui écoutaient régulièrement des podcasts en 2023 à 47 % en 2025.
74 % des auditeurs écoutent d’abord pour apprendre quelque chose.
Cette motivation place l’expertise au cœur des usages.
Quelles sont les erreurs les plus fréquentes quand une entreprise se lance dans le podcasting (et comment les éviter) ?
La première erreur, c’est de plaquer des codes trop « corporate » ou trop « radio traditionnelle » : le jargon, le ton institutionnel, les introductions interminables.
On crée de la distance là où l’auditeur attend justement de la proximité.
Ça s’entend immédiatement, et ça donne l’impression qu’on fait un podcast « parce qu’il faut en avoir un ».
Mon conseil : respectez les codes du podcast natif — des rituels éditoriaux récurrents, une animation incarnée et conversationnelle, une vraie personnalité assumée derrière le micro.
La deuxième erreur, c’est de promettre une régularité qu’on ne tient pas.
Publier deux épisodes par semaine pendant un mois puis disparaître, c’est la meilleure façon de perdre son audience.
Je préfère toujours la régularité à la fréquence : un épisode par mois bien produit et annoncé à date fixe aura plus d’impact qu’une série intensive mais irrégulière.
Fixez un vrai rendez-vous à l’auditeur, et surtout tenez-le.
La troisième erreur, c’est de négliger la promotion.
Sans elle, même le meilleur contenu reste invisible, il naît plusieurs milliers de podcasts chaque jour.
Idéalement, je consacre la moitié de mon temps de travail à la médiatisation, et pour ça je fluidifie au maximum la production afin de dégager ce temps.
La quatrième, c’est de sous-estimer la qualité technique.
Les auditeurs tolèrent de moins en moins les défauts de son.
Soignez le son dès la captation et choisissez une option de montage adaptée à votre budget : un studio, un ingé son freelance, ou bien formez-vous pour garder le contrôle.
Et j’ajoute deux pièges que je vois souvent :
- Changer de format en cours de route, gardez le même au moins une saison, sinon vous désorientez vos auditeurs,
- Inviter trop de monde. Au-delà de cinq intervenants, on tombe vite dans la conversation non cadrée et on perd en professionnalisme.
Comment construire un podcast qui sert vraiment des objectifs marketing : ligne éditoriale, formats, fréquence ?
Tout commence par la ligne éditoriale.
Je la fais reposer sur trois questions.
- Le thème d’abord : quels sont mes domaines d’expertise, sur quoi suis-je légitime, et, pour une entreprise, quel est le lien avec ma marque, mes valeurs, mon secteur ?
- Le sujet ensuite : y a-t-il une niche sous-représentée ?
- Et enfin l’angle : intime, sociétal, pratique. L’idée directrice pour moi, c’est de miser sur sa singularité.
Pour le format, je choisis toujours en fonction des objectifs et des moyens.
Il y en a beaucoup :
- l’interview ou conversation, qui est le plus accessible et le plus répandu,
- le témoignage,
- l’enquête ou documentaire,
- le talk-show,
- les conseils et tutos,
- les décryptages d’actualité
- ou encore la fiction immersive et mémorable, mais coûteuse et très peu répandue, donc particulièrement intéressante pour une marque qui veut vraiment marquer les esprits.
Quand on débute, je recommande le format court hebdomadaire.
C’est plus facile à tenir et les algorithmes des plateformes aiment être alimentés chaque semaine.
La fréquence, je la lie toujours à la longueur.
Si vous proposez des épisodes d’1h30, il sera difficile de publier chaque semaine.
La cadence à viser pour la visibilité, c’est hebdomadaire ou une semaine sur deux, mais mieux vaut commencer mensuel et accélérer une fois le podcast installé.
Et un conseil que je donne systématiquement : produisez au moins une saison, soit entre 6 et 10 épisodes, avant de faire un bilan.
Il vaut mieux tester que s’enfermer dans un format pour le long terme sans prendre de recul.
Enfin, ne négligez pas le nom et la pochette.
Ce sont les premiers éléments avec lesquels l’auditeur interagit, sur les plateformes d’écoute ou ailleurs.
Ma boîte à outils concrète : enregistrement, montage, hébergement, promotion
Côté enregistrement, mon matériel de base, c’est un enregistreur portable comme le Zoom H2n, autonome et discret (174 € sur ce lien) on le pose sur la table et on l’oublie.
NDLR : le matériel peut être aussi acheté d’occasion sur Vinted ou Leboncoin.
Dès qu’on enregistre plusieurs personnes, le Zoom H6 (278 € sur ce lien) est idéal puisqu’on peut brancher jusqu’à quatre micros et transformer n’importe quel lieu en studio mobile.
Pour qui enregistre seul, un micro USB comme le RØDE NT-USB (138 € sur ce lien) avec un filtre anti-pop fait très bien l’affaire.
Pour plusieurs invités, j’aime le micro-cravate RØDE Lavalier GO (47 € sur ce lien).
Et toujours, toujours un bon casque de contrôle — le beyerdynamic DT-770 Pro (139 € sur ce lien) par exemple — pour repérer les bruits parasites en temps réel.
Pour les enregistrements à distance, j’utilise Zencastr (24 $ / mois)
Ou Riverside (24 $ / mois.
Pour le montage, tout dépend de votre niveau.
Reaper pour les profils experts (60 $).
Audacity qui est gratuit et open source pour un niveau intermédiaire.
Descript que j’adore recommander aux débutants comme aux confirmés.
Il est basé sur la transcription automatique et permet d’éditer l’audio en modifiant directement le texte.
Pensez toujours à sauvegarder vos rushes bruts.
L’hébergement, c’est le point de passage obligé.
L’hébergeur stocke vos fichiers et génère le flux RSS qui distribue automatiquement votre podcast partout.
Sans lui, pas de diffusion.
Je distingue trois familles :
- les généralistes tout-en-un comme Ausha (29 $ / mois), très utilisé pour les podcasts de marque, Podcastics (8 € / mois), Acast (15 $ / mois), Buzzsprout (15$) / mois) ou Podbean (12 $ / mois) ;
- les solutions intégrées à Spotify comme Spotify for Podcasters et Megaphone
- les spécialisés monétisation comme Audiomeans ou Supercast.
Pour la promotion, je pense multiplateforme.
La captation vidéo pour YouTube, devenu un vrai canal de découverte, et les extraits courts verticaux pour Instagram, LinkedIn et TikTok, toujours sous-titrés.
J’y ajoute le personal branding des animateurs sur LinkedIn, la cross-promotion entre podcasts, la newsletter, les relations médias
Et un vrai travail de PSO, le Podcast Search Optimization, pour la découvrabilité.
Comment mesurer le retour sur investissement d’un podcast quand on est une entreprise ?
Je commence toujours par poser une limite honnête : on ne peut ni attribuer précisément l’origine d’une écoute, ni identifier qui a lancé un épisode.
C’est une contrainte structurelle du média.
D’où l’importance d’aller vraiment regarder ses statistiques.
Côté audience, mes tableaux de bord, ceux de l’hébergeur et des espaces créateurs, me donnent
- le nombre d’écoutes et d’auditeurs uniques,
- la durée moyenne d’écoute,
- les points de décrochage,
- et les épisodes les plus performants ou les plus partagés.
Je m’appuie sur Apple Podcasts Connect, où l’on repère les auditeurs assidus, ceux qui écoutent au moins 20 minutes ou 40 % d’un épisode; sur Spotify for Podcasters pour les taux de conversion et les KPI de fidélité ; et sur YouTube Studio pour le taux de clic et la rétention.
Mais le vrai ROI business, il se mesure ailleurs.
Je relie mes épisodes à des appels à l’action traçables, des liens UTM, des pages dédiées, et je suis le parcours après écoute :
- les clics vers le site,
- les inscriptions à la newsletter,
- les téléchargements de ressources,
- les demandes de rendez-vous ou d’essai.
En suivant quelques indicateurs simples comme les conversions, on mesure ce que le podcast apporte vraiment : des contacts qualifiés, un raccourcissement du cycle de décision, de la fidélisation.
Et je le redis souvent : ce sont les effets de long terme qui comptent, pas les écoutes ponctuelles.
Quel est l’usage de l’IA dans la production de podcasts (de la préparation au montage), qu’est-ce que ça change concrètement aujourd’hui ?
Ma conviction, c’est que l’IA est un levier au service d’une intention éditoriale, jamais un substitut.
L’image que j’emploie : il faut la traiter comme un stagiaire très compétent, mais dont on valide toujours le rendu final.
Concrètement, elle intervient à chaque étape.
En préparation, elle évite la page blanche — pour le brief, le conducteur, les angles — et elle structure la recherche en profondeur : les sources, la veille, la cartographie des invités.
Pour la transcription et le montage, les transcriptions automatiques horodatées, avec un outil comme HappyScribe, me permettent de retrouver un passage et de couper sans perdre de temps, et je peux faire une première postproduction en nettoyant les hésitations.
Des outils comme Descript permettent même de monter en éditant directement le texte.
Et pour la distribution, l’IA industrialise les titres, les descriptions, les clips, les sous-titres et les déclinaisons LinkedIn, YouTube ou newsletter.
L’impact, je l’ai vécu sur mon propre podcast, Cheminements : je passais jusqu’à 24 heures sur la production d’un seul épisode, je suis aujourd’hui à environ 7 heures, sans perdre en qualité.
De manière générale, on parle d’un temps de production divisé par trois et de davantage de formats.
Mais j’insiste toujours sur le garde-fou : mal utilisée, l’IA produit des contenus lisses, interchangeables, sans âme.
Pour garder ma patte éditoriale, je travaille mes prompts.
Je crée des GPT personnalisés, je donne une biographie détaillée de mon parcours pour qu’ils fassent référence à mes expériences, et je leur fournis des textes que j’ai écrits sans IA pour qu’ils comprennent mon style.
Parce qu’au fond, la perfection technique n’a jamais touché personne. Ce qui marque un auditeur, c’est votre singularité et votre sincérité.
Et vous voulez en savoir plus et démarrer votre propre podcast ?
Marguerite de Rodellec est l’animatrice du podcast Cheminements, récompensé en 2021 par le Prix du Jury Paroles de Patients.
Elle a cofondé le studio de production MedShake Studio, qui accompagne les acteurs de la santé dans la création de podcasts.
Elle est également la Secrétaire générale du Syndicat des producteurs professionnels audio indépendants (PIA) et enseigne à l’ISCOM.
Vous pouvez commander son livre sur ce lien (17 €).
Voici le sommaire du livre :
Chapitre 1 : Conceptualiser son podcast
Les codes du podcast natif ; Le thème, le sujet et l’angle ; Le format ; L’animation ; Longueur du podcast et fréquence de publication ; Marquer la mémoire : le nom et le visuel ; Amplifier sa capacité de production avec l’intelligence artificielle
Chapitre 2 : Enregistrer, monter et diffuser son podcast
Les clés d’un bon enregistrement ; Diriger la postproduction : monter et mixer ; La diffusion sur les plateformes d’écoute
Chapitre 3 : Analyser et exploiter ses données
Apprendre à connaître ses auditeurs ; Communiquer dans et autour de son podcast
Chapitre 4 : Optimiser son podcast sur Internet
Pourquoi miser sur les réseaux sociaux ? ; Donner plus de visibilité à son podcast avec le SEO et le PSO
Chapitre 5 : Monétiser son podcast
Les campagnes de crowfunding ; Les publicités sur les podcasts ; Les partenriats ou le sponsoring ; Les podcasts en marque blanche ; D’autres façons de monétiser son podcast
FAQ sur la création de podcasts
C’est quoi le PSO ?
Le PSO ou Podcast Search Optimization (Optimisation pour les moteurs de recherche de podcasts) désigne l’ensemble des techniques visant à améliorer la visibilité et le classement d’un podcast au sein des moteurs de recherche des différentes plateformes d’écoute (Apple Podcasts, Spotify, Deezer, Amazon Music) ainsi que sur les moteurs de recherche traditionnels comme Google.
C’est l’équivalent du SEO (Search Engine Optimization), mais spécifiquement adapté au format audio et aux algorithmes des répertoires de podcasts.
🛠️ Les piliers stratégiques du PSO
Pour optimiser un podcast, le PSO s’appuie sur plusieurs éléments textuels et structurels que les algorithmes peuvent « lire » et indexer :
1. L’optimisation textuelle (Les métadonnées)
Les plateformes s’appuient massivement sur le texte pour comprendre le sujet de votre audio.
- Le titre du podcast et des épisodes : Ils doivent être clairs, percutants et intégrer les mots-clés principaux (évitez les titres trop énigmatiques comme « Épisode 12 : Rencontre » et préférez « Comment réussir son closing en B2B avec [Nom de l’invité] »).
- La description (Show Notes) : Un résumé détaillé de l’épisode, idéalement enrichi de mots-clés secondaires, de chapitres horodatés (timestamps) et de liens utiles.
- Le nom de l’auteur / producteur : Un levier important pour le personal branding et la recherche directe.
2. Les signaux d’engagement (La popularité)
Les algorithmes de Spotify ou Apple Podcasts favorisent les contenus qui font réagir. Le PSO intègre donc une stratégie pour maximiser :
- Le nombre d’abonnés / followers sur la plateforme.
- Le taux de complétion (le pourcentage de l’épisode réellement écouté).
- Les avis et notes (les fameuses 5 étoiles).
- Le volume de démarrages rapides après la publication d’un épisode.
3. La transcription et le SEO traditionnel
Avec les progrès de l’IA, Google et les plateformes de streaming sont de plus en plus capables de « scanner » le contenu audio (Speech-to-Text).
- Publier la transcription textuelle complète (ou un article de blog optimisé basé sur l’épisode) sur un site web permet de capter du trafic depuis Google et de le rediriger vers les plateformes d’écoute.
🎯 Pourquoi le PSO est-il devenu indispensable ?
- Faire face à la saturation : Le nombre de podcasts explose. Sans optimisation, un excellent contenu reste invisible.
- Capter une intention de recherche : Contrairement aux réseaux sociaux où la découverte est passive (défilement d’un flux), l’utilisateur sur une application de podcast tape souvent un mot-clé précis pour apprendre ou découvrir un sujet.
- Pérennité du contenu : Un épisode bien optimisé continue de générer des écoutes des mois, voire des années après sa sortie grâce aux recherches organiques.
Comparatif des solutions de diffusion de podcast généralistes


















