Hyperconnexion : et si nous devions réapprendre à nous ennuyer pour mieux nous reconnecter ?

J’ai le plaisir de recevoir Jérôme Hoarau, auteur, conférencier international et spécialiste des soft skills.

Depuis 2011, il expérimente sur le terrain et il partage les compétences humaines à travers les neurosciences, les sciences cognitives, le management et l’apprentissage.

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Il intervient auprès d’entreprises, d’universités et d’organisations qui souhaitent préparer leurs équipes aux défis d’aujourd’hui et de demain en français et en anglais.

Il est également Champion du monde de Mind Mapping et auteur de 8 ouvrages.

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Il vient de sortir le livre « Se reconnecter dans un monde hyperconnecté ».

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Il part d’un constat simple être constamment connecté ne signifie pas forcément être réellement relié aux autres.

L’hyperconnexion bouleverse notre attention, notre rapport au temps, nos relations et notre santé mentale.

Elle peut aussi fragiliser notre créativité, notre engagement, notre capacité à apprendre et à être pleinement présents.

Neuf auteurs apportent chacun leur regard sur les différentes dimensions de cette reconnexion.

Ils explorent notamment l’attention, la motivation, l’empathie, l’apprentissage, l’engagement et les soft skills.

L’objectif n’est pas de rejeter la technologie ni de prôner la déconnexion, mais de retrouver un usage plus conscient du numérique.

En fil rouge : se reconnecter à soi, aux autres et à ce qui compte vraiment pour préserver la qualité du lien humain

Jérôme nous en dit plus dans cette longue interview.

Sommaire de l'article

L’hyperconnexion, la crise du lien humain ?

Je me suis rendu compte que depuis l’avènement de l’intelligence artificielle, et même avant cela avec les réseaux sociaux, nous sommes de plus en plus nombreux à avoir du mal à décrocher de nos écrans.

Faites l’expérience autour de vous et observez ce qui se passe dès que nous avons quelques minutes devant nous : lorsque nous faisons la queue quelque part, que nous attendons quelqu’un ou que nous avons simplement deux minutes avant notre prochain rendez-vous, nous avons presque systématiquement le réflexe de sortir notre téléphone pour vérifier nos emails, regarder WhatsApp ou aller faire un tour sur LinkedIn ou Instagram.

Et je ne vous jette pas la pierre, puisque je le fais aussi !

C’est d’ailleurs l’une des raisons qui m’ont poussé à coécrire l’ouvrage Se reconnecter dans un monde hyperconnecté, la crise du lien humain au XXIe siècle.

En travaillant sur ce sujet, je me suis rendu compte que l’un des phénomènes qui me questionnait le plus était finalement très simple : nous sommes en train de perdre notre capacité à nous ennuyer.

Nous cherchons à remplir le moindre temps mort

Nous cherchons à remplir le moindre temps mort

Prenez les transports en commun et regardez autour de vous, observez les personnes qui marchent dans la rue, celles qui attendent leur train ou qui font la queue dans un magasin : le téléphone est devenu un réflexe et c’est même presque devenu une convention sociale.

Quelque part, si vous restez simplement là, à attendre sans sortir votre téléphone, vous pouvez presque avoir l’impression d’être celui qui est bizarre !

Et le phénomène va encore plus loin, puisqu’il m’arrive de voir des personnes regarder la télévision tout en regardant leur téléphone.

Nous sommes donc déjà devant un écran, avec une stimulation, mais cela ne semble parfois plus suffire et nous avons besoin d’un deuxième écran en même temps.

Cela pose une question qui me semble importante : sommes-nous encore capables de ne rien faire ?

Car l’ennui n’est pas nécessairement quelque chose qu’il faudrait chercher à éliminer à tout prix.

Ces moments sans stimulation peuvent aussi nous permettre de laisser notre esprit vagabonder, de réfléchir, de faire émerger des idées ou tout simplement de souffler, alors qu’au moindre début d’ennui, nous avons désormais une machine dans notre poche capable de nous fournir immédiatement une nouvelle stimulation.

Pourquoi est-ce si difficile de décrocher ?

Pourquoi est-ce si difficile de décrocher

En effectuant les recherches nécessaires à l’écriture de notre livre, j’ai voulu comprendre pourquoi il pouvait être aussi difficile de poser son téléphone alors même que nous savons très bien que nous devrions parfois le faire, et une partie de la réponse se trouve dans les mécanismes de récompense.

Les réseaux sociaux utilisent notamment le scroll infini, les recommandations personnalisées, les likes, les notifications ou encore l’apparition imprévisible d’un contenu susceptible de nous intéresser.

Cette imprévisibilité entretient notre envie de continuer, parce que nous avons toujours cette possibilité que le prochain contenu soit encore plus intéressant que celui que nous venons de regarder.

Cela ressemble, dans son principe, à certains mécanismes que l’on retrouve dans les jeux de hasard : la récompense n’arrive pas systématiquement et c’est précisément cette incertitude qui nous pousse à recommencer.

Des travaux récents sur ce que certains chercheurs appellent le « dopamine-scrolling » décrivent d’ailleurs le rôle des systèmes de récompense variable et des mécanismes dopaminergiques dans ces comportements de consultation répétitive.

Il faut donc éviter de réduire le problème à un simple manque de volonté, d’autant plus que le sujet est devenu suffisamment important pour se retrouver devant les tribunaux.

Aux États-Unis, Meta a fait face à de nombreuses procédures accusant notamment Facebook et Instagram d’avoir été conçus de manière à favoriser des usages addictifs chez les jeunes.

En août 2026, l’entreprise a accepté un accord avec des États américains prévoyant notamment de nouvelles limitations d’usage pour les adolescents, tout en continuant à contester avoir commis une faute.

Mais ce qui m’intéresse ici, ce n’est pas seulement ce que font les plateformes, c’est surtout ce que nous pouvons faire, nous.

Scroller sur Instagram n’est pas forcément faire une pause

Scroller sur Instagram n’est pas forcément faire une pause

Il y a un autre piège que j’ai pu constater, notamment dans ma vie professionnelle : vous travaillez depuis un moment sur un dossier, vous commencez à fatiguer et vous vous dites que vous allez faire une petite pause.

Et que faites-vous ? Vous ouvrez Instagram, LinkedIn, TikTok ou une autre application.

Le problème, c’est que nous avons le sentiment de faire une pause parce que nous ne réfléchissons plus à la tâche qui nous demandait un effort, mais pendant ce temps-là, notre cerveau continue à recevoir des informations, des images, des vidéos, des sons et des sollicitations.

Vous pouvez alors passer 15, 20 ou 30 minutes à scroller avec le sentiment de vous être détendu, pour finalement revenir à votre travail encore plus fatigué.

Pour les entrepreneurs, commerciaux, marketeurs ou business developers, le piège peut être encore plus subtil, parce que notre hyperconnexion peut prendre l’apparence du travail.

Nous regardons nos statistiques, nous vérifions nos emails, nous répondons à nos messages, nous allons voir les réactions à notre dernière publication LinkedIn ou nous consultons nos notifications et, à la fin, nous avons fait énormément de choses, ce qui peut nous donner le sentiment d’avoir été très productifs.

Mais avons-nous réellement avancé ?

Attention au piège de la productivité sans efficacité

Attention au piège de la productivité sans efficacité

Pour moi, c’est l’une des grandes questions à se poser pour distinguer un usage professionnel utile d’une forme d’hyperconnexion, et le premier indicateur est l’intention.

  • Pourquoi suis-je en train d’ouvrir ma boîte mail ?
  • Est-ce parce que j’ai décidé de traiter mes emails maintenant ou simplement parce que j’ai deux minutes à combler ?
  • Pourquoi est-ce que j’ouvre LinkedIn ? Est-ce avec l’intention de publier, de répondre à des personnes ou d’avancer sur mon business, ou est-ce que j’y vais sans savoir pourquoi, simplement pour scroller ?
  • …

L’intention va générer un comportement qui va ensuite générer une action, mais il y a également un deuxième élément qui est la conscience.

  • Dans quel état suis-je lorsque j’utilise cet outil ?
  • Est-ce que je suis en train de l’utiliser consciemment ou est-ce devenu automatique ?
  • Est-ce que cela me donne de l’énergie ou est-ce que cela me fatigue ?
  • …

Et enfin, il y a une troisième question à se poser à la fin de la journée : est-ce que j’ai réellement avancé sur les choses importantes ?

Car nous pouvons tomber dans ce que j’appelle le piège de la productivité sans efficacité.

Vous avez réalisé énormément de petites tâches, répondu à de nombreux messages, consulté beaucoup d’informations et vous avez donc été occupé toute la journée, mais vous n’avez peut-être pas travaillé sur le dossier qui aurait réellement fait avancer votre entreprise.

L’hyperconnexion peut alors devenir une forme de procrastination particulièrement trompeuse, puisque nous nous occupons pour éviter de faire ce qui compte vraiment.

Les soft skills peuvent nous aider à reprendre le contrôle

Les soft skills peuvent nous aider à reprendre le contrôle

Face à tout cela, nous pourrions être fatalistes et nous dire que le monde fonctionne désormais comme cela, que nous avons besoin des emails, de LinkedIn, de WhatsApp ou de l’intelligence artificielle pour travailler et qu’il n’y a finalement pas grand-chose à faire.

Je ne le pense pas, et c’est justement là que les soft skills deviennent intéressantes.

La première est pour moi la prise de décision, parce que lorsque j’ouvre Instagram, je peux décider à l’avance combien de temps je vais y passer.

Je peux également décider de couper mes notifications ou que, pendant la prochaine heure, mon téléphone sera en mode avion.

À partir de ce moment-là, ce n’est plus l’outil qui décide pour moi.

La deuxième soft skill est l’organisation.

Plutôt que de consulter ses emails au fil de l’eau pendant toute la journée, pourquoi ne pas prévoir des moments dédiés, par exemple une plage le matin, une autre pendant la pause déjeuner et une dernière en fin de journée ?

Entre ces plages, je peux alors travailler sur une tâche en coupant mes notifications et en éloignant mon téléphone.

Cela demande de l’organisation et de la gestion du temps, mais justement, notre rapport au temps me semble être l’un des grands sujets derrière l’hyperconnexion.

Nous avons peut-être besoin de réapprendre à perdre notre temps

Nous avons peut-être besoin de réapprendre à perdre notre temps

Regardez les expressions que nous utilisons : nous voulons « gagner du temps », nous avons peur de « perdre notre temps », nous cherchons à « optimiser notre temps » et, lorsque nous ne savons pas quoi faire, nous cherchons à « tuer le temps ».

Notre relation au temps est devenue assez paradoxale puisque, d’un côté, nous voulons absolument en gagner et que, de l’autre, dès que nous en avons un peu devant nous sans savoir quoi en faire, nous voulons le tuer !

C’est pour cette raison qu’une autre soft skill me semble essentielle : la patience, c’est-à-dire réapprendre à attendre, à s’ennuyer et à ne rien faire, sans chercher constamment à remplir chaque seconde de notre existence pour en extraire quelque chose de productif.

Finalement, derrière la patience, il y a peut-être une autre compétence encore plus importante : la présence, cette capacité à être ici et maintenant plutôt que de chercher constamment la prochaine information, le prochain message, la prochaine notification ou le prochain contenu.

Se déconnecter pour mieux se reconnecter

Se déconnecter pour mieux se reconnecter

C’est précisément le jeu de mots qui se trouve derrière le titre de notre ouvrage : Se reconnecter dans un monde hyperconnecté.

Se reconnecter, c’est se reconnecter à soi, aux autres, d’humain à humain, au présent et à son environnement, et cela demande parfois de se déconnecter un peu plus de la technologie.

Je ne suis absolument pas dans une approche anti-technologique, ce qui serait d’ailleurs assez paradoxal lorsque l’on sait à quel point ces outils peuvent nous être utiles professionnellement et personnellement.

La question est plutôt celle d’un usage raisonné et conscient de la technologie.

Car nous n’avons jamais eu autant de moyens d’être connectés les uns aux autres, que ce soit avec WhatsApp, les réseaux sociaux, les visioconférences, les emails ou les messageries instantanées, et pourtant, être connecté à quelqu’un ne signifie pas forcément être réellement en lien avec cette personne.

Une grande partie de nos interactions est désormais digitalisée.

Nous pouvons également suivre quotidiennement la vie d’influenceurs ou de centaines de personnes que nous ne connaissons pas réellement et avoir malgré tout le sentiment d’être seul.

La recherche sur le sujet mérite d’ailleurs d’être nuancée : certains usages des réseaux sociaux peuvent renforcer le soutien social alors que les usages excessifs, passifs ou problématiques sont plus souvent associés à la solitude et à une dégradation du bien-être.

Ce n’est donc pas le numérique en lui-même qui est nécessairement le problème, mais aussi la manière dont nous l’utilisons et surtout la place que nous lui laissons prendre dans nos relations.

Vous pouvez, par exemple, être assis à table avec quelqu’un et vérifier votre téléphone toutes les deux minutes : vous êtes physiquement présent, mais êtes-vous réellement présent mentalement ?

Ce que j’ai moi-même changé depuis l’écriture de ce livre

Ce que j’ai moi-même changé depuis l’écriture de ce livre

Je ne vous partage pas tout cela en vous expliquant que j’aurais trouvé une formule magique pour ne plus être hyperconnecté, bien au contraire.

J’avais moi-même des problèmes d’hyperconnexion et le travail réalisé autour de cet ouvrage m’a obligé à regarder certaines de mes habitudes.

La première chose a été de réapprendre à ne rien faire et à m’ennuyer, et je peux vous dire que ce n’est pas facile !

J’y travaille encore.

J’ai également commencé à mettre des limites beaucoup plus précises à certains réseaux sociaux.

Par exemple 15 minutes sur Instagram ou 10 minutes sur TikTok, mais je me suis également créé ce que j’appelle des « limites de scroll ».

Lorsque j’ouvre un réseau social, je peux m’autoriser cinq ou dix scrolls, pas plus, parce que sinon nous connaissons tous la suite : encore une vidéo, encore une publication, puis encore une autre et, finalement, 15 minutes ont disparu.

J’avais déjà supprimé les notifications de mon téléphone et le travail sur cet ouvrage m’a conforté dans cette habitude.

Mais j’ai également compris quelque chose d’important : on peut ne pas regarder son téléphone tout en restant mentalement connecté à lui.

On peut continuer à se demander si l’on a reçu cet email, si cette personne nous a répondu ou si l’on a reçu un nouveau message.

Le téléphone n’est pas dans notre main, mais notre esprit est quand même là-bas, et c’est probablement sur cette présence mentale que j’ai encore le plus travaillé.

Ne cherchez pas à tout changer demain

Ne cherchez pas à tout changer demain

Si vous êtes arrivé jusqu’ici et que vous vous dites que vous vous reconnaissez dans ces comportements et que vous êtes probablement hyperconnecté, la première chose que je vous conseillerais serait de ne pas culpabiliser.

Ces outils sont partout dans notre quotidien et certains sont précisément conçus pour retenir notre attention, donc se retrouver happé ne signifie pas simplement que vous manquez de volonté.

Ensuite, je ne chercherais surtout pas à tout changer du jour au lendemain, mais plutôt à commencer petit, avec une seule action cette semaine.

Vous pouvez, par exemple, décider que le matin vous laisserez volontairement votre téléphone dans votre chambre pendant que vous vous préparez, puis, la semaine suivante, mettre une limite temporelle sur l’un de vos réseaux sociaux, avant de trouver progressivement une nouvelle petite action.

L’objectif n’est pas de devenir ermite numérique en une semaine, mais de reprendre progressivement le contrôle.

Et si nous nous retrouvions vraiment ?

Et si nous nous retrouvions vraiment

C’est également pour cette raison que nous avons souhaité organiser un événement à Paris le 26 septembre 2026 autour de la sortie de « Se reconnecter dans un monde hyperconnecté, la crise du lien humain au XXIe siècle ».

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Nous aurions évidemment pu organiser uniquement un événement en ligne, mais cela aurait été assez paradoxal !

Nous avons justement voulu créer une expérience de reconnexion et de connexion d’humain à humain, avec l’idée de pouvoir rencontrer les auteurs de l’ouvrage, échanger, participer à des séances de dédicaces, mais surtout passer un moment ensemble, en présentiel.

Les participants pourront repartir avec un exemplaire signé du livre, mais également avec des actions concrètes à mettre en œuvre dans leur quotidien, parce que finalement, derrière toutes les réflexions autour de l’hyperconnexion, de la dopamine, des algorithmes, des réseaux sociaux ou de nos smartphones, je pense que la question centrale reste assez simple : sommes-nous encore capables d’être pleinement présents à ce que nous sommes en train de vivre ?

C’est peut-être cela, aujourd’hui, le véritable enjeu de la reconnexion.

Voici le programme de 13h00 à 17h30 :

🎤 Morgane Horsnsperger : « Si on lâchait l’accélérateur pour reprendre la main sur l’humain ? »
🎤 Caroline Deblander :  » L’attention ne se perd pas, elle se vole ! Comprendre ce qui capte notre attention et reprendre la main »
🎤 Jérôme Hoarau : « Du temps quantitatif au temps qualitatif »
🎤 Sandra Boisloret : « Connexion et engagement : la motivation au travail »
🎤 Nadine Durimel : « Redonner le plaisir d’apprendre à l’ère des réseaux sociaux »
🎤 Jean-Paul Chane-Waï :  » Neurones en surchauffe : comment se reconnecter à l’essentiel à l’ère de l’hyper connexion »
🎤 Aurélie Sougné : « L’empathie : la clef de l’empowerment à l’ère du numérique »
🎤 Thierry Payet : « La conversation et le territoire ou la fabrique du commun à l’ère de l’hyperconnexion »
🎤 Aline Nahayo : « L’AUDACE, une soft skill d’équilibre face à l’hyperconnexion »

Tout savoir sur l’hyperconnexion

Qu’est-ce que l’hyperconnexion et comment se manifeste-t-elle au quotidien ?

L’hyperconnexion désigne un état d’utilisation permanente, compulsive et quasi-ininterrompue des technologies numériques et d’Internet (smartphones, réseaux sociaux, e-mails, notifications en continu).

Elle se manifeste au quotidien par un réflexe d’interaction constant avec nos écrans, dès le réveil et jusqu’au coucher, ainsi que par une incapacité à supporter les moments de vacuité ou d’attente.

La personne touchée ressent le besoin de vérifier ses messages à la moindre interruption d’activité.

Ce phénomène crée un état de vigilance et de sollicitation cérébrale permanents, abolissant les frontières entre vie professionnelle et vie personnelle.

Pourquoi l’hyperconnexion est-elle devenue un sujet majeur aujourd’hui ?

L’hyperconnexion s’est imposée comme un enjeu de société clé car la présence d’outils numériques portables a profondément modifié nos comportements sociaux et professionnels.

Avec l’essor du télétravail, la multiplication des applications de messagerie instantanée et la captologie (la science de la captation de l’attention), nos cerveaux sont soumis à un flux d’informations quotidien sans précédent.

Cette sollicitation permanente pose aujourd’hui de véritables problèmes de santé publique, impactant la santé mentale, la qualité des relations interpersonnelles et la productivité, incitant à repenser d’urgence notre rapport au numérique.

Quels sont les effets de l’hyperconnexion sur le cerveau et l’attention ?

L’exposition continue aux sollicitations numériques modifie notre capacité de concentration en morcelant notre attention (phénomène d’attention fragmentée).

Le cerveau, stimulé par des décharges régulières de dopamine déclenchées par les notifications et les likes, développe une forme d’addiction aux nouveautés rapides.

En conséquence, la capacité de mémorisation à long terme et la faculté de maintenir une réflexion profonde sur un sujet complexe s’amoindrissement.

La surstimulation cognitive constante empêche également le cerveau d’accéder à son « réseau par défaut », indispensable au traitement des émotions et à la consolidation des apprentissages.

Quel est le lien entre hyperconnexion, stress et épuisement professionnel (burn-out) ?

La connexion permanente crée une pression implicite de réactivité immédiate, où chaque message ou notification exige une réponse rapide, maintenant l’organisme en état d’alerte biologique constant.

Cette surcharge informationnelle (infobésité) empêche le cerveau de faire des pauses réparatrices au cours de la journée.

À long terme, l’absence de coupure nette entre les sphères professionnelle et privée épuise les réserves cognitives et émotionnelles.

Cela se traduit par une fatigue chronique, une anxiété accrue et, dans les cas les plus severes, un risque fortement augmenté de burn-out numérique.

Pourquoi avons-nous développé une « peur de l’ennui » dans notre société hyperconnectée ?

Notre société moderne valorise l’action constante, la productivité et la réactivité au détriment des temps morts, désormais perçus à tort comme de la paresse ou du temps perdu.

De plus, la peur de rater une information ou un événement important (le phénomène du FOMO ou Fear Of Missing Out) pousse à combler chaque seconde de vide avec un écran.

Les smartphones sont ainsi devenus de véritables « doudous numériques » permettant d’éviter l’inconfort d’être face à soi-même.

Cette fuite du vide nous a progressivement déshabitués au calme et à la simplicité de l’instant présent.

En quoi réapprendre à s’ennuyer est-il bénéfique pour la créativité ?

Lorsque nous nous ennuyons et que notre esprit n’est plus focalisé sur une tâche ou un écran, le cerveau active le réseau du mode par défaut.

C’est durant ces phases d’errance mentale et de vagabondage de la pensée que l’esprit associe spontanément des idées apparemment sans rapport, favorisant ainsi la résolution créative de problèmes et la génération d’idées originales.

En supprimant l’ennui, nous privons notre esprit de cet espace d’incubation essentiel à l’innovation.

Laisser son esprit flotter sans stimulation externe est l’un des meilleurs catalyseurs de la pensée créative.

Comment l’ennui et le temps mort aident-ils à mieux se reconnecter à soi-même ?

Les moments d’ennui et de calme permettent de tourner son attention vers l’intérieur plutôt que vers les stimulations extérieures.

Ils offrent le temps nécessaire pour faire le point sur ses émotions, ses désirs, ses valeurs et ses priorités profondes, qui sont souvent masqués par le bruit numérique quotidien.

Prendre du recul en coupant le flux d’informations extérieures favorise l’introspection, le développement de la conscience de soi et l’alignement personnel.

Réapprendre l’ennui, c’est se redonner l’opportunité d’écouter ses propres pensées plutôt que de consommer celles des autres.

Quels sont les impacts négatifs de l’hyperconnexion sur le sommeil et le bien-être physique ?

L’exposition tardive à la lumière bleue diffusée par les écrans perturbe la sécrétion de mélatonine, l’hormone maîtresse du sommeil, ce qui recule l’endormissement et dégrade la qualité des cycles de repos.

De plus, la consultation d’écrans avant le coucher stimule le cerveau et entretient un état d’éveil cognitif incompatible avec un sommeil réparateur.

Sur le plan physique, l’hyperconnexion favorise la sédentarité, entraîne des douleurs musculaires liées aux mauvaises postures (notamment le text neck ou syndrome du cou textuel) et accroît la fatigue visuelle.

Comment l’hyperconnexion dégrade-t-elle nos relations sociales et familiales ?

L’attention constante portée aux écrans au détriment des personnes présentes physiquement altère la qualité de la communication réelle (un comportement souvent désigné par le terme phubbing).

Les échanges deviennent plus superficiels, hachés et moins empathiques, car l’écoute active nécessite une présence d’esprit totale.

Au sein de la famille ou dans le couple, l’absence de moments d’attention exclusive nuit à l’intimité et à la création de liens affectifs solides.

L’hyperconnexion crée ainsi un paradoxe où l’on est connecté avec le monde entier tout en étant déconnecté de ses proches directes.

Qu’est-ce que le « droit à la déconnexion » et pourquoi est-il essentiel en entreprise ?

Le droit à la déconnexion est une disposition légale et organisationnelle visant à garantir que les salariés ne soient pas obligés de répondre aux e-mails ou appels professionnels en dehors de leurs heures de travail.

Il est essentiel pour protéger la santé mentale et physique des collaborateurs en instaurant des limites claires entre travail et vie personnelle.

Ce dispositif permet de lutter contre le stress chronique, l’épuisement professionnel et le sentiment d’obligation d’être toujours disponible.

En encourageant des périodes de déconnexion totale, les entreprises préservent durablement l’engagement et l’efficacité de leurs équipes.

Comment apprivoiser l’ennui et le transformer en temps constructif ?

Apprivoiser l’ennui commence par accepter le sentiment d’inconfort qui survient lorsqu’on n’a rien à faire, sans chercher immédiatement à saisir son téléphone.

On peut transformer ces temps morts (files d’attente, trajets en transports, moments de pause) en occasions d’observer son environnement, de faire des exercices de respiration ou de laisser aller ses pensées.

Plutôt que de voir ce temps comme une perte de productivité, il convient de le considérer comme un espace précieux de régénération cognitive.

Avec la pratique, cet ennui choisi redevient un moment de calme apprécié et inspirant.

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